Cinéma documentaire
Jeudi 4 juin, Tulle, salle Latreille haut, projection pour la première fois en France du film Après de… Cecilia Bartolomé et José Bartolomé 18h 1ère partie On ne peut pas vous laisser seuls ; 20h30 2ème partie Ficelé bien ficelé.
Une programmation de Federico Rossin et Paloma León en leur présence. Participation libre
C’est la question que pose l’exceptionnel documentaire de Cecilia Bartolomé Después de… Pendant un an et demi, Cecilia et son frère José Bartolomé (assistant du cinéaste Patricio Guzmán pour La Bataille du Chili) sillonnent l’Espagne entre 1977 et 1981. Caméra au poing, trois ans après la mort de
Franco, ils filment, au plus près, la société espagnole en pleine transformation, en pleine interrogation, en pleine ébullition. Cecilia Bartolomé n’est pas une débutante en cinéma. C’est une cinéaste, scénariste engagée et rebelle. Unique femme à avoir obtenu, en 1969, le diplôme de réalisation de la Escuela oficial de Cine. Frondeuse, constamment en lutte contre les Autorités et la hiérarchie, Cecilia réalise une série de films, dénonçant une Espagne figée dans le modèle franquiste et le poids des institutions familiales, des films résolument féministes. Elle est blacklistée jusqu’en 1978, puis licenciée après son documentaire en deux volets : Après… (Después de…) et Ficelé et bien ficelé (Atado y bien atado). En Espagne, mais pas seulement.
Le documentaire de Cecilia Bartolomé n’a jamais été diffusé en France parce que jamais sous-titré en français. Un oubli ? Peut-être pas. Une façon, en tout cas, pour les idéologues de ce côté-ci de la frontière, de diffuser un discours officiel sur la Transition espagnole, modèle de toutes les fins de dictatures latino-américaines. C’est là que le bât blesse. En effet, le documentaire de Cécilia Bartolomé déconstruit un certain nombre d’idées reçues sur ces années de Transition. Elle démontre avec lucidité comment cette Transition appelée «démocratique» ne fut qu’un marché de dupes entre les ancien.nes tenant.e.s du pouvoir, les fascistes, les partis de gauche sortis de la clandestinité et un peuple muselé et meurtri pendant 40 ans de dictature. La Constitution votée en 1978 et les autonomies octroyées par le pouvoir central ne remettent en cause qu’à la marge l’héritage de Franco. L’Armée, la Police, la Justice, les rouages administratifs en général sont restés aux mains des héritier.ères de Franco. Les bourreaux se sont intégrés à la vie démocratique. Et pendant longtemps, les victimes ont croisé leurs bourreaux. Et il n’est pas encore rare de trouver les fils et les filles de ces mêmes héritier.ères aux mêmes hauts postes du pouvoir législatif et judiciaire, œuvrant contre la démocratie, baillonnant les député.e.s de Podemos, les associations mémorielles…entre autres.
Les Franquistes post-Franco ont su se glisser dans la peau d’un parti de droite, le Partido Popular, ont réussi à gangrener une démocratie fragile, et à imposer une mémoire édulcorée et même révisée.
Dans l’Espagne du XXIe siècle, les vieux démons fascistes resurgissent de plus belle, ayant pignon sur rue, harcelant, insultant, agressant des figures connues de la politique ou du monde artistique. Ils utilisent les mêmes discours haineux que leurs ancêtres.
Le documentaire de Cecilia Bartolomé n’est pas un film de mémoire factuelle. Il nous oblige à nous questionner sur les mécanismes qui favorisent ces résurgences, en Espagne, en France, en Italie et ailleurs. Commémorer des dates ne suffit pas. Encore faut-il analyser avec des historiens comme Johann Chapoutot les ressorts du passé pour comprendre ce que le présent nous dit de lui-même et, aussi, de notre futur. Paloma León, autrice, traductrice
18h : No se os puede dejar solos (On ne peut pas vous laisser seuls) de Cecilia et José Juan Bartolomé (1981 – 93′). Première traduction en français des sous-titres par Paloma León,
autrice et traductrice
« Nous avons tourné ce film sur une période de trois ans, entre le printemps 1979 et février 1981, une période durant laquelle la transition démocratique espagnole est entrée dans une crise qui a culminé avec la tentative de coup d’État du 23 février par des officiers de l’armée. Ce jour-là, nous venions tout juste de déposer la première copie du film au ministère de la Culture pour qu’elle soit classée. Et bien que le coup d’État ait heureusement échoué, le film en a subi les conséquences :
détentions illégales, tentatives de saisie, plaintes déposées auprès du parquet… Une odyssée qui a marqué l’aboutissement de l’aventure passionnante qu’a été la réalisation de Después de… ». Le film juxtapose les images de l’enterrement de Franco et les actualités franquistes de NO-DO (NOticiarios y DOcumentales) aux souvenirs des citoyens, à travers des témoignages directs et spontanés qui sont des réactions concrètes à la réalité de leur époque. Cette mémoire englobe tout, des revendications de divers groupes sociaux aux demandes d’autonomie, en passant par les tensions découlant des attaques violentes des groupes radicaux. Ainsi, les voix qui se mêlent dans ce film en deux parties, à travers leurs réactions et les positions qu’elles adoptent, rompent avec l’idée que la transition vers la démocratie reposait sur un consensus. Federico Rossin
20h repas partagé
20h30 : 2ème partie de después de… Atado y bien atado (Ficelé bien ficelé)
de Cecilia et José Juan Bartolomé (1981 – 102′)