Histoire de l’art
Mercredi 4 mars, de 18h à 20h locaux de Peuple et Culture, 36 avenue Alsace-Lorraine à Tulle. Conférence de Jean-François Chevrier sur la « Crise de l’objet ».
Suivie d’un casse-croute partagé. Entrée libre. Un projet soutenu par le contrat de filière arts plastiques et visuels de la Région Nouvelle Aquitaine.
Contrairement à un idéal de tranquillité domestique qui a pu s’exprimer dans l’histoire de la « nature morte », les objets ne sont pas des présences dociles. Pour la pratique de l’art ou des arts, l’objet est devenu au xxe siècle un référent majeur et problématique. André Breton avance l’idée de « crise de l’objet » en 1934. Deux ans plus tard, en mai 1936, il titre « Crise de l’objet » le texte du numéro de la revue Cahiers d’art qui accompagne l’« Exposition surréaliste d’objets » présentée dans une galerie parisienne. La crise de « l’objet » est aussi et d’abord pour Breton une crise de l’objectivation, c’est-à-dire des opérations mentales qui permettent la rationalité scientifique. Derrière cette crise s’en profile une autre : celle des rapports du surréalisme avec le projet communiste. En mai 1935, Breton avait prononcé à Prague deux conférences : « Position politique de l’art d’aujourd’hui » et « Situation surréaliste de l’objet ». En août, il rompit avec le Parti communiste et son obédience stalinienne. Pour les surréalistes, le projet communiste et sa visée de transformation sociale étaient indissociables d’une attitude poétique résumée par le mot d’ordre de Lautréamont : « la poésie doit être faite par tous ». Autour de 1935, cet appel à une communauté de l’imagination et de l’expression libre (la poésie) restait d’actualité, comme la lutte contre l’emprise du « principe de réalité ». Pour Breton et les surréalistes, l’objet-marchandise était un obstacle. On pense au slogan de Mai 68, « cache-toi, objet ». Mais les surréalistes ne dénonçaient pas une perte de substance, une dévitalisation de l’objet utilitaire ; d’autres l’avaient déjà fait et bien fait. Ils déclaraient une crise, ils déclaraient ouverte une crise dont ils entendaient faire l’occasion d’un renouveau poétique et politique. La visée était ambitieuse : il s’agissait de permettre à l’activité poétique de réactiver à la fois l’utopie de Lautréamont et le projet révolutionnaire trahi par les partis staliniens. En 1935, Breton rappelle que, déjà en 1924, il avait proposé de donner une « existence concrète » à des « objets apparus en rêve ». La « crise de l’objet » permettait de réaffirmer une liberté d’invention fondée sur l’expression figurée de l’inconscient. C’est le renouveau de1935 qui a permis au programme surréaliste de 1924 de s’exercer pleinement dans l’art du vingtième siècle et de trouver encore de multiples échos dans l’art actuel.
