Cinéma documentaire

Cinéma documentaire

Mercredi 22 avril, commune de Chasseneuil (16), cinéma Vox, à partir de 20h30, projection du film Torre Bela de Thomas Harlan.

Séance gratuite organisée à l’initiative de Peuple et Culture Corrèze, en présence d’agriculteurs charentais ayant séjourné à la coopérative agricole de Torre Bela
Débat animé par Manée Teyssantier de Peuple et Culture et Elisabeth Guimard

Le 25 avril 1974, au Portugal, la révolution dite des œillets met fin à trente-trois ans de dictature. Dans un contexte de paralysie des forces répressives de l’État, un puissant mouvement social de salariés agricoles se constitue dans les campagnes du sud, avant de gagner l’ensemble du pays. C’est ainsi que l’année suivante une quarantaine de paysans et d’ouvriers agricoles se présentent aux grilles du domaine du duc de Lafoés, à Torre Bela, un village à 60 kms au nord est de Lisbonne. La propriété est immense. 1 800 hectares. 17 kilomètres de hauts murs l’entourent et l’isolent des villages alentour, ils demandent à rencontrer le maître qui refuse, avant de décider collectivement
d’occuper les lieux, et de s’organiser en coopérative agricole. Le cinéaste, Thomas Harlan, présent par hasard, reste sur place et filme sans jamais intervenir, l’élection du premier comité populaire, puis leurs affrontements avec les laquais du duc, la police, l’intervention de l’armée, les interminables discussions, les heurts, le travail de défrichage et de plantation, leur stupéfaction quand ils pénètrent pour la première fois dans le palais du duc, et découvrent un luxe dont ils n’avaient aucune idée, mais ne cassent et ne volent rien.
Hommes et femmes condamnés au silence et à la servitude depuis leur enfance s’expriment, agissent, et décident enfin. Lorsqu’une centaine de paysans les rejoignent, il faut s’organiser différemment, créer un réfectoire, émettre des règles, c’est compliqué pour Wilson qui refuse d’être considéré comme un chef.
Le Mouvement des forces armées les soutient, mais ils doivent faire face aux multiples provocations, et machinations des grands propriétaires qui entendent bien détruire ce lieu où la pratique quotidienne du pouvoir populaire bouleverse autant les modes de production que les hommes. La lutte est ardue, pour des paysans promis à la pauvreté, l’alcoolisme et l’émigration. Les volontés vacillent : « La terre est comme n’importe quel outil, si on crée une coopérative ce n’est pas pour créer de nouveaux propriétaires, il faut qu’elle soit un outil pour les travailleurs, il ne s’agit pas d’être patron de la terre, mais d’y travailler tous pour pouvoir vivre mieux », harangue Camillo, « il faut produire, produire »  poursuit Wilson, c’est la condition de survie de Torre Bela.
La coopérative finira par être dissoute, mais l’occupation de Torre Bela restera un exemple pour la réforme agraire qui suivra.
Ensemble, hommes et femmes ont appris à vivre debout, et pour eux plus rien ne sera comme avant.