Ahlam Shibli

photographe en résidence à Tulle

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  • le livre TRAUMA
  • l'exposition du 6 mars au 16 mai 2010
  • Photos de TRAUMA
  • Photos de GOTER
  • L’artiste

Le Livre

Trauma Ahlam Shibli
L’œuvre d’Ahlam Shibli, Trauma, est accompagnée d’un ouvrage grand format de 152 pages qui reprend les 48 photographies de l’exposition et inclut des textes de l’écrivain Adania Shibli, du conservateur de musée Ulrich Loock, et de Manée Teyssandier, présidente de Peuple et Culture en français et en anglais.

Pour acheter ce livre, envoyer un chèque de 35 €uros à l'ordre de Peuple et Culture 51 bis rue Louis Mie 19000 Tulle, n'oubliez pas de mentionner l'adresse de livraison, nous vous offrons les frais d'envoi.

L’exposition
Trauma, une œuvre de Ahlam Shibli, sera exposée du 6 mars au 16 mai 2010 au château de Sédières dans la commune de Clergoux en Corrèze. L’exposition présentera deux séries de travaux de Shibli, Goter (2002 – 2003) et Trauma (2008 – 2009).

vernissageTrauma,(Corrèze, France, 2008-2009)
Trauma, série de 48 photographies d’Ahlam Shibli prises en 2008 et 2009, doit son titre aux évènements des 9 et 10 Juin 1944 à Tulle, préfecture de la Corrèze. Le 8 juin 1944, la division SS Das Reich, qui se dirigeait vers le lieu du débarquement pour prêter main forte à l’armée allemande, entre dans Tulle, libérée la veille par les maquis FTP (Franc Tireurs et Partisans). A l’aube du 9 juin, les SS prennent en otage des centaines d’hommes. Après un tri arbitraire, 99 hommes de 17 à 42 ans sont pendus aux balcons de la ville sous les yeux de la population. 149 hommes sont déportés dont 101 ne reviendront pas des camps de concentration.

Le travail de Ahlam Shibli prend comme point de départ une constatation profondément troublante surgie de son observation de la culture officielle de commémoration : Dans une même population, souvent dans les mêmes familles, se mêlent des personnes qui ont souffert de la violence de l’occupation, qui ont résisté à cette occupation et d’autres (dans quelques cas parfois les mêmes) qui tout de suite à la Libération pour l’Indochine et à peine quelques années après pour l’Algérie, ont participé aux guerres coloniales contre des peuples réclamant leur indépendance et refusant de se soumettre à l’occupation de la France.

vernissagePar ailleurs, les commémorations officielles et les mémoriaux honorent indistinctement « les morts pour la France » de la Première guerre mondiale, les soldats de la Seconde guerre mondiale, les résistants, les civils victimes de la barbarie nazie et, sur un même pied d’égalité, ceux tombés pendant les guerres coloniales en Indochine et en Afrique du Nord.

A travers les photographies de Trauma, A. Shibli va à l’encontre de l’utilisation idéologique de la mort, comme dans l’expression « Mort pour la France », comme force égalisatrice. Elle s’attache plutôt aux effets de l’occupation allemande en France et de la colonisation française à l’étranger sur le sort des habitants de Tulle individuellement. Les photographies montrent des membres de la Résistance, des familles des hommes pendus ou déportés, des vétérans des guerres coloniales, des algériens immigrés en France avant ou après l’indépendance de l’Algérie en 1962, des Indochinois amenés en France pour combattre ou travailler et leurs descendants, des pied-noirs, des harkis et des opposants à la guerre d’Algérie, et cela est montré dans certains cas de sorte qu’on ne puisse pas distinguer de manière certaine une victime d’un oppresseur : l’un peut devenir l’autre.

C’est la nature même des photographies que d’être contemporaines de l’instant où elles ont été prises. Le questionnement d’A. Shibli portant toutefois sur des histoires du passé, elle a non seulement pris des photographies de monuments publics et de commémorations officielles mais elle a également demandé qu’on lui présente des documents personnels tels que des photographies et qu’on l’amène sur les lieux réels d’évènements passés. Pour ajouter aux images la connaissance que, de par leur nature, elles ne peuvent fournir, les photographies sont accompagnées de longues légendes.
Ainsi, les photographies de A. Shibli exposent des croisements incohérents entre souvenirs personnels et conditions de vie actuelle. La quête du passé met à jour des lieux cachés, voire refoulés, du présent.

À contre-courant de la gestion officielle de la mémoire, avec ses images qui exposent des destins individuels, A. Shibli met également en question la relation entre les notions de patrie d’une part et  d’identité d’un peuple et de possession d’un territoire de l’autre. La lutte d’un peuple pour sa patrie ne l’a pas empêché de s’opposer avec violence à la lutte similaire d’un autre peuple. Par ailleurs, elle a trouvé chez les habitants rencontrés des idées très diverses sur la patrie, pas nécessairement déterminées par les concepts d’identité ou de possession de territoire.

Goter, (Néguev, Palestine/Israël, 2002-2003)
« Goter », mot étranger à la langue arabe, est employé par les Bédouins palestiniens du Néguev. Selon les habitants de cette région, ce mot est dérivé de l’anglais « Go there » (« Vas là-bas »), un ordre que les Bédouins palestiniens ont souvent entendu de la bouche des militaires au cours du Mandat Britannique (1917-1948).
Depuis le milieu des années 1960, les habitants palestiniens d’ascendance bédouine du Néguev ont été victimes d’une politique du gouvernement Israélien de dépossession de leurs terres traditionnelles et de transfert vers sept communes, en grande partie sans consultation des personnes concernées. Les terres qu’ils laissent sont ensuite mises à disposition des citoyens juifs. Actuellement, environ la moitié des 110 000 Bédouins palestiniens du Néguev vivent dans ces communes. Selon les statistiques officielles, ils sont parmi les plus pauvres de toutes les communautés en Israël, n’ont pas un accès suffisant aux services publics, subissent un taux élevé de chômage et de criminalité et se voient dénier tout projet viable de développement.

L’autre moitié des Bédouins palestiniens du Néguev a jusqu’ici refusé de se déplacer vers ces communes afin de ne pas perdre leurs terres et de ne pas être soumis à des conditions de vie culturellement défavorables et socialement dégradantes. Ils vivent dans plus d’une centaine de villages non reconnus, où les lois de l’État juif les empêchent de construire des structures permanentes, où les maisons sont régulièrement détruites, les champs décrétés illégaux par les autorités arrosés avec des produits chimiques toxiques, les familles expulsées de leurs foyer et où il n’y a aucun accès à des services publics comme la fourniture d’électricité ou d’eau potable, les soins médicaux, l’assainissement et l’éducation au-delà de l’école primaire.

L’œuvre d’Ahlam Shibli, Goter, photographies de villages non reconnus et de communes « reconnues », dépeint le dilemme des palestiniens d’ascendance bédouine en Israël : Là nous avons notre maison, ce n’est pas notre terre, là où est notre terre, nous n’avons pas notre maison.

 

 

Trois images de TRAUMA parmi les 48 photographiesréalisées à Tulle en Corrèze, présentées dans le livre et dans l'exposition de Sédières du 6 mars au 16 mai 2010.

Daniel EspinatAhlam Shibli, Trauma no. 15, digital print, 38 x 57.6 cm, 2008 - 2009
Daniel Espinat au Monteil à l’endroit où son groupe du maquis s’entraînait et dormait en juillet 1944.
Le Monteil, 25 juin 2008.
Daniel Espinat at the place where his group of Maquis trained and slept in July, 1944, at Le Monteil. Le Monteil, 25th June, 2008.


Pierre DiederichsAhlam Shibli, Trauma no. 16, digital print, 38 x 57.6 cm, 2008 - 2009
Pierre Diederichs montre comment un soldat allemand entra dans l’appartement de sa grand-mère au matin du 9 juin 1944 et noua une corde au balcon pour une des pendaisons.
Tulle, 29 mai 2009.
Pierre Diederichs showing how a German soldier entered his grandmother’s apartment on the morning of the 9th June, 1944, to tie a rope to the balcony for the hanging of one of the residents of Tulle. Tulle, 29th May, 2009.


Grotte des maquisardsAhlam Shibli, Trauma no. 42, gelatine silver print, 38 x 57.6 cm, 2008 – 2009.
Chemin conduisant au Camp des Maquis, dans la montagne, où se réfugiaient ceux qui cherchaient à échapper à l’enrôlement par le Service du travail obligatoire de Vichy. Marcillac-la-Croisille, 12 juin 2008.
A path leading to the Camp des Maquis, a hideout for men who had escaped into the mountains to avoid conscription into Vichy France's Service du travail obligatoire. Marcillac-la-Croisille, 12th June, 2008.

 

Trois images de Goter parmi la série des 44 photographies présentées dans l'exposition de Sédières

‘Amra, al-Naqab, PalestineAhlam Shibli, Goter no. 3, 2002-03
‘Amra, al-Naqab, Palestine
Gelatin silver print
38 x 56 cm


al-Qrain, al-Naqab, PalestineAhlam Shibli, Goter no. 26, 2002-03
al-Qrain, al-Naqab, Palestine
C-type print
38 x 56 cm


al-Qrain, al-Naqab, PalestineAhlam Shibli, Goter no. 38, 2002-03
al-Qrain, al-Naqab, Palestine
Gelatin silver print
38 x 56 cm


 


Ahlam Shibli est une artiste palestinienne qui travaille dans le domaine de la photographie depuis 1996, réalisant tout d’abord des projets qui étudient les conditions de vie de la population palestinienne sous occupation israélienne, comme Unrecognised (2000), Goter (2003), and Trackers (2005). D’autres projets élargissent le champ de ses recherches autour des notions de patrie et d’appartenance : Eastern LGBT (2006, musulman(e)s lesbiennes, homosexuels, bisexuels, transsexuels à Londres, Zurich, Barcelone, Tel Aviv), Dependence (2007, immigrés prodiguant des soins à la personne et les personnes âgées qui les emploient à Barcelone), et Dom Dziecka. The House Starves When You Are Away (2008, enfants dans des orphelinats en Pologne).
Le travail de A. Shibli a été exposé à travers le monde, à la Biennale d’ Istanbul (2005), à la Biennale de São Paulo (2006), Documenta 12 (2007), Centre Pompidou, Paris (2008), MACBA, Barcelone (2008), Musée D’Art Moderne, Varsovie (2009).
Différentes publications ont été consacrées à son travail, telles Goter (Musée de Tel Aviv, 2003), Lost Time (Ikon Gallery, Birmingham, 2003), Trackers (Kunsthalle Basel and Verlag der Buchhandlung Walther König, Cologne, 2006).

 


Ahlam Shibli
Du 6 mars au 16 mai - Domaine de Sédières - Clergoux
Ouverture au public du mercredi au dimanche de 14h à 18h

Cette exposition comprend deux séries de travaux photographiques.
Trauma résulte d’un travail photographique de l’artiste Ahlam Shibli au cours des deux dernières années à Tulle et dans le pays de Tulle à l’invitation de Peuple et Culture. Palestinienne vivant depuis sa naissance en 1970 sous occupation et colonisation israélienne, elle a été d’emblée touchée par le traumatisme passé et présent subi par la population de Tulle le 9 juin 1944. A partir de ce point de départ, sa sensibilité à toute situation d’oppression l’a conduit à ouvrir un autre angle, une question paradoxale : comment peut on concevoir qu’une seule et même population, voire dans certains cas les mêmes personnes, ait pu résister à l’occupation allemande, souffrir de ses atrocités et cependant quelques années plus tard participer à des guerres coloniales contre des peuples demandant à leur tour leur indépendance?
Cette série est accompagnée d’un ouvrage grand format de 152 pages qui reprend les 48 photographies de l’exposition et inclut des textes de l’écrivain Adania Shibli et du directeur du Musée Serralves à Porto, Ulrich Loock, en français et en anglais.
Goter a été photographié en 2002-2003 à al-Naqab, dans le désert du Néguev en Palestine/Israël. Cette œuvre examine les conditions de vie des Palestiniens d’ascendance bédouine qui refusent de quitter leur terre et par conséquent sont contraints par l’Etat d’Israël de vivre dans des villages dits non reconnus. « Là où nous avons notre maison, ce n’est pas notre terre, là où est notre terre, nous n’avons pas notre maison ».

samedi 6 mars
15h - vernissage de l’exposition en présence de Ahlam Shibli
Château de Sédières - Clergoux
17h - visite commentée par Ulrich Loock, directeur adjoint du Musée Serralves à Porto et Jean-François Chevrier, historien et critique d’art, professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris.
visites commentées par Ahlam Shibli
dimanche 7, samedi 13 et dimanche 14 - 15h30 - Château de Sédières - Clergoux
films, lectures, débats…


…autour des questions d’occupation de territoires par la force, de résistance/collaboration, de colonialisme…
Immigrés de force. Les travailleurs indochinois en France (1939-1952)
droit de questions avec Pierre Daum, journaliste.

mercredi 3 - 20h30 - salle Latreille - Tulle
Journaliste au Monde puis à Libération, Pierre Daum collabore actuellement comme grand reporter au Monde Diplomatique. Après soixante dix années de silence, ses recherches viennent de mettre en lumière une page enfouie de l’histoire coloniale française : le recours pour travailler dans l’Hexagone à une main d’œuvre immigrée de force.
Pour les travaux les plus pénibles, comme ceux du maniement des poudres dans les usines d’armement, la France fit venir en 1939, 20 000 Indochinois de sa lointaine colonie d’Extrême-Orient. Recrutés pour la plupart de force, débarqués à la prison des Beaumettes à Marseille, ces hommes furent répartis à travers la France dans les entreprises relevant de la Défense Nationale. Bloqués en Métropole pendant toute la durée de l’occupation allemande, logés dans des camps à la discipline très sévère, ils furent loués, pendant plusieurs années, par l’Etat français, à des sociétés publiques ou privées - on leur doit le riz de Camargue - sans qu’aucun réel salaire ne leur soit versé.
Ce scandale se prolongea bien après la Libération. Renvoyés vers le Viêtnam au compte-gouttes à partir de 1946, ce n’est qu’en 1952 que les derniers de ces hommes purent enfin revoir leur patrie. Un millier fit le choix de rester en France.

Après trois ans de recherches en archives et d’enquête, menées dans les banlieues de Paris et de Marseille, et jusqu’à Hanoi et aux villages les plus reculés du Viêtnam, Pierre Daum a réussi à retrouver vingt-cinq des derniers acteurs encore vivants de cet épisode si peu « positif » de l’histoire coloniale française.
Plus d’informations sur le site www.travailleurs-indochinois.org

Pacification en Algérie, un film de André Gazut (2002-120’)
mercredi 17 mars- 20h30 - salle Latreille

projection gratuite suivie d’un débat avec le réalisateur
C’est à la première personne qu’André Gazut écrit son film. En 1956, dans la salle de rédaction où il travaille en tant que jeune reporter-photographe, tombe sous ses yeux la photo d’un Algérien nu, pendu pieds et poings liés face à un soldat français muni d’une barre de fer prête à tomber. André Gazut vit à ce moment ce qui orientera sa vie : hanté par la guerre d’Algérie qu’il désertera, il couvrira une quinzaine de conflits en tant que réalisateur. « Les tortionnaires de la photo sont des appelés, des soldats à peine plus âgés que moi. La photo ne sera pas publiée. Autour de moi, je parle de cette photo. On ne me croit pas. »
Pacification en Algérie est composé de témoignages d’appelés et de militants algériens, d’images d’actualités et de discours officiels.
Le film est divisé en deux parties. Dans Le sale boulot, le nom qu’un sous-lieutenant a donné à cette guerre, André Gazut se demande où finit la soumission à l’autorité et où commence la responsabilité de l’individu. Dans La politique du mensonge il s’interroge sur ce qui s’est passé pour que des jeunes gens comme lui aient été livrés seuls à des problèmes de conscience. André Gazut cherche dans ses propres souvenirs, les souvenirs de famille, les impressions fugitives, réexamine les images qu’il a prises alors pour dépasser le seul constat d’horreur, démonter les ressorts qui ont permis la répression et construire une mémoire de cette guerre.


Le chagrin et la pitié, un film de Marcel Ophüls (1969-270’)
vendredi 2 avril- cinéma le Palace - Tulle

1ère partie - 18h30 - suivie d’un casse-croûte sur place / 2ème partie - 21h
tarifs : 7 € les 2 séances (5 € adhérents PEC), 5 € pour tous à 21h
Le chagrin et la pitié, chronique d’une ville française sous l’occupation - en l’occurrence Clermont-Ferrand - est le premier film qui brisa l’image angélique d’une France unanimement antinazie et résistante. Le film repose à la fois sur des documents d’archives et sur des entretiens. Ophüls a choisi ses témoins dans tous les milieux politiques, sociaux et professionnels.
La démarche du Chagrin et la pitié naît de la crise de 1968 et plus particulièrement de celle qui secoue l’ORTF. Des journalistes, des producteurs, des réalisateurs, des auteurs prétendent faire leur métier sur des bases neuves, avec une ambition nouvelle, hors des pressions politiques habituelles, sans tabou, qu’il s’agisse de forme ou de sujet. Ils croient en une mission civique de l’audiovisuel public.
En 1969, Le chagrin et la pitié impose une nouvelle approche audiovisuelle de l’Histoire : au film historique traditionnel basé sur le montage d’archives et l’adjonction d’un commentaire, Marcel Ophüls a substitué l’enquête et le témoignage grâce à la caméra portable et au son synchrone : « On s’est laissé porter par des rencontres, par des entretiens fleuves. On n’a surtout pas joué aux détectives. Nous ne sommes ni des magistrats, ni des flics. Ce qui importe à nos yeux, c’est la trace que l’Histoire et la politique laissent sur des êtres humains. »
Diffusé par la télévision en Allemagne et en Suisse, le film fut ignoré par l’ORTF, méthode efficace qu’Ophüls baptisera la « censure par l’inertie ». A sa sortie en 1971, des salles, des associations (dont Peuple et Culture) le projetteront et il sera finalement vu par 600 000 spectateurs. Ce succès est sans effet sur l’ORTF : « Ce film détruit des mythes dont les Français ont encore besoin » (Jacques de Bresson, PDG en 1971). En 1981, le film est enfin diffusé sur FR3. Pour 15 millions de téléspectateurs.


Dates à retenir...
dimanche 11 avril - 15h30 - Château de Sédières - Clergoux
projection du film La petite Russie de Patrick Séraudie (2008 - 85’)

« Ce qui est essentiel pour qu’une lutte de partisans se développe, c’est d’avoir le soutien de la population, sinon toute lutte devient un solo funèbre. » Georges Guingouin.
La Petite Russie, récits d’un maquis dresse le portrait de ce résistant, rebelle à tout embrigadement et rend hommage aux hommes et aux femmes qui ont risqué leur vie à ses côtés. Le film concentre le récit sur les quatre années de Résistance, de l’évasion de Guingouin à la libération de Limoges. Il est constitué d’entretiens avec des personnes l’ayant connu. Un fond de voix off nous renseigne sur la biographie de Guingouin. Ces éléments relatent avec précision les faits de Résistance ainsi que les conditions de vie concrètes, les problèmes du quotidien que doivent résoudre les maquisards pour pouvoir se laver, se nourrir, se soigner sans se faire repérer.


mercredi 21 avril
18h30 - Médiathèque intercommunale - Tulle
lecture du Discours sur le colonialisme de Aimé Césaire
par Pierre-Etienne Heymann et Estelle Duquénois
21h - cinéma le Palace - Tulle
Publié en 1950, le Discours sur le colonialisme fit scandale puis devint un des classiques de la littérature des nations colonisées en lutte pour leur indépendance et leur dignité. Chacune des lignes de ce pamphlet fait éclater avec force que l’oppression et la haine, le racisme et le fascisme non seulement demeurent mais croissent avec une vigueur nouvelle. Son actualité la plus essentielle est de désigner la barbarie occidentale comme une part constitutive de sa civilisation même.
Aimé Césaire met en exergue l’étroite parenté qui existe selon lui entre nazisme et colonialisme. Il y écrit entre autres choses : « Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il vitupère, c’est par manque de logique et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les colonies de l’Inde et les Nègres d’Afrique [...] ».

projection du film Chronique d’une disparition de Elia Suleiman (1996 - 84’)
Le réalisateur retourne à Nazareth, sa ville natale et y filme sa famille et les autres habitants, capturant la lente disparition identitaire de ces étrangers sur leur propre terre. Le film évolue entre fiction et documentaire, passé et présent, humour et gravité.
« Comment être un cinéaste palestinien aujourd’hui ? » Cette question, Elia Suleiman, Arabe israélien, y répond d’une manière très personnelle, loufoque et malicieuse. Une manière inattendue car sa chronique originale et moderne se distingue du brûlot militant ou du réquisitoire rageur. Elle offre le regard oblique d’un vrai cinéaste qui s’interroge sur sa propre identité. Plus qu’un film sur la paix ou la guerre entre Israéliens et Palestiniens, Chronique d’une disparition est d’abord un poème libre et contemplatif, presque une douce divagation sur la vie au quotidien à partir de saynètes brèves, anodines ou franchement burlesques qui ont valeur de métaphores. Sur la vie, mais aussi sur le cinéma car Chronique d’une disparition parle d’un film en train de se faire.
Un homme jeune, silencieux et solitaire, palestinien, Elia Suleiman lui-même, revient en Palestine pour faire un film. Son sujet : la perte d’identité de la population arabe d’Israël. Il marche, suit, observe. Il cherche quoi raconter, quoi filmer. Il attend qu’une fiction surgisse, qu’une image vienne se substituer aux clichés mille fois vus de la télévision ou du cinéma militant. Enfin d’un gag burlesque surgit le film qui devient alors très politique. Au-delà de l’apparente confusion voire indistinction que dépeignait la première partie, la deuxième partie monte des frontières implacables.


samedi 8 mai - 20h30 - salle Latreille - Tulle
projection du film Les massacres de Sétif, un certain 8 mai 1945 de Medhi Lallaoui et Bernard Langlois (1995 -56’)

Le 8 mai, jour de la victoire contre le nazisme, coïncide avec le massacre de Sétif. Le Général de Gaulle déclare : « Nous avons retrouvé le droit de rire, de parler, de penser, d’être des hommes libres ». Mais cette liberté ne s’applique pas aux Algériens qui, ce même jour, seront réprimés dans un bain de sang pour avoir manifesté pacifiquement leur aspiration à l’indépendance.
cinéma documentaire


entrevue

Comment es-tu entrée en contact avec Peuple et Culture ?

Manée Teyssandier a découvert mon travail à la Documenta XII de Kassel en 2007. Elle a pris contact avec moi à la fin de l’été et il se trouve que je devais venir en France pour une intervention sur les rapports art et territoires dans le cadre de la Biennale de Lyon. Elle est venue me rencontrer avec Iris Bugl. A ce moment là, j’ai décidé de venir passer une semaine à Tulle afin de saisir ce qui pourrait naître de la résidence proposée par Peuple et Culture. En février 2008, nous nous sommes à nouveau rencontrées au séminaire Des territoires organisé à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts à Paris auquel Jean-François Chevrier m’avait invitée.

Quelle a été ta première impression en arrivant ici ?

C’était en février 2008. J'ai immédiatement ressenti de l'empathie avec la tragédie qui a marqué ce lieu. En tant que ressortissante d'un pays sous occupation et en guerre, je voulais savoir qui, quel homme, avait été pendu là, là ? Portait-il une cravate, une ceinture ? Quelle était la dernière chose que ces pendus ou ces déportés avaient vu? J'avais envie que l'on parle de ces morts non comme des chiffres mais qu'on les individualise. Mon empathie procédait d'un sentiment d'humanité.
A mon retour chez moi, les questions ont surgi : l'histoire européenne, celle de la seconde guerre mondiale et de l'occupation a été largement traitée sous différentes formes. Est-ce que moi, étrangère à ce conflit, à cette culture, je pouvais ajouter quelque chose d'intéressant ? D'un côté, il est difficile de photographier l'Histoire, d'un autre côté, j'ai besoin de ressentir de l'empathie pour l'objet de mon travail. Cela m'aide à trouver le point sur lequel centrer mon travail et ce que je vais montrer à mon public.

Qu'est-ce qui t'a finalement décidé ?

Il m'est apparu ensuite que je pouvais retrouver à Tulle une question à traiter : qui se bat pour son "chez soi"? Qui décide du "chez soi" pour lequel il faut se battre? A Tulle, les gens se sont battus parce que c'était "chez eux". Ce qui est paradoxal, c'est que des Tullistes se sont aussi battus tout de suite après en Indochine et plus tard en Algérie pour un "chez eux" ailleurs, contre des vietnamiens, des algériens qui défendaient leur "chez eux", que les autorités françaises et les colons considéraient également comme leur. Il ne s’agit pas de comparer les deux situations mais de regarder la complexité de l’Histoire et en quoi une ville et ses habitants en portent des signes, des traces...


Pour un Français aujourd'hui, cela peut sembler étrange que tu
utilises l'expression "chez soi" pour les anciennes colonies.

Professionnellement, mon propos n'est pas de juger mais de regarder. Je photographie des français et j'utilise donc cette expression dans le sens qu'elle avait pour les gens en question.

Tu as déjà effectué un séjour d'un mois en juin dernier dans notre ville. Tu reviens pour un mois et demi. Sais-tu dans quelle direction tu vas travailler ?

Dans un travail antérieur, The Valley(1), je traitais de mon village en Palestine. Tout me parlait, m'était connu, signifiait quelque chose pour moi. Je n'avais pas besoin de médiateur. A Tulle, c'est comme si, lors de mon premier séjour, j'avais appris un peu de vocabulaire. Maintenant, je dois apprendre la grammaire. C'est plus difficile cette fois de savoir ce que je veux photographier. J'ai commencé par m'intéresser aux traces de l'Histoire laissées dans la vie de tous les jours. Je photographie la manière dont les Tullistes vivent aujourd'hui avec toute cette Histoire, si les gens y font attention. Par exemple, les cérémonies ont-elles un sens pour les habitants ? Ou bien ne sont-elles qu'officielles, organisées par l'Etat ?

Tu nous as montré quelques photos que tu as faites à Tulle l'année dernière. Exposées, elles pourraient être interprétées de différentes manières. Dans tes précédentes expositions, The Valley, Trackers (2), tu utilisais le texte…

Effectivement, je sais qu'une image ne peut pas tout dire. Le texte me permet de donner une direction, d'indiquer comment lire mon travail photographique.

Ainsi dans les photographies de The Valley, on pouvait prendre plaisir à regarder le site. Dans le texte, je livrais les faits, par exemple pourquoi les maisons sont construites dans les montagnes, quelle est la vue des habitants de leurs terrasses et ce que ce paysage signifie par rapport à l'occupation israélienne. Le texte est très utile à mon travail, il me donne la liberté de travailler avec l'imagination.

Tu travailles texte et image en même temps ?

Je sélectionne les images, je monte ma série photographique, le texte peut intervenir ensuite. Le texte est essentiellement basé sur les orientations que j'ai prises pour traiter le sujet.

Tu reviens de Pologne où tu exposais un travail que tu as réalisé là-bas.

J'ai montré au Musée d'Art Moderne de Varsovie des travaux antérieurs : Trackers et An introduction to and nine chapters from Dependance (une projection de photographies et de textes basés sur la série Dependance réalisée à Barcelone). Ainsi que le travail que j'ai effectué l'an dernier en Pologne dans des orphelinats et que j'ai intitulé Dom Dziecka. The house starves when you are away(3). Dans ce dernier travail, je me suis demandée s'il était possible de vivre sans avoir de "chez soi" ? Comment peut-on vivre dans un lieu qui n'est pas son "chez soi " et à quoi cela ressemble-t-il ?

J’ai pensé aux orphelinats. Je souhaitais traiter de cette question dans un contexte qui ne soit pas celui d'un conflit et je suis allée en Pologne car c'est un pays en paix qui ne pose pas de conditions aux photographes pour travailler dans de telles institutions.
Les photos ont été prises dans 11 orphelinats différents. Elles traitent des conditions de vie des enfants qui ne grandissent pas dans une famille mais dans ces institutions. En regardant ces photographies, j'ai fait des découvertes inattendues: pendant la journée, les enfants ne sont presque jamais seuls. Entre enfants, adolescents et adolescentes les relations physiquessont très proches sans qu’il y ait un quelconque caractère sexuel. Les sentiments de timidité liés aux différences sexuelles semblent être absents. Les personnalités individuelles paraissent être totalement englobées dans le corps collectif. Ils ne s’en extraient qu'au moment du sommeil. L'unité familiale conventionnelle est transformée en une société d'enfants, qui se substitue aux relations familiales et qui forme une entité nouvelle et spécifique. Quelque chose d'autre s'est développé à la place de la famille et de la maison. Un garçon de l'orphelinat de Kisielanach m'a dit : "ce n'est pas un orphelinat, c'est la maison".

La question du “chez soi”, de "la maison" est présente dans tous tes travaux ?

Oui, c'est le thème qui m'intéresse. J'ai fait des photographies sur ce thème dans un camp de réfugiés Palestiniens en Jordanie, en Palestine dans des villages non reconnus par l'Etat d'Israël, à Barcelone en étudiant les relations entre les immigrés employés de maison et leurs employeurs, etc., dans tous ces cas me demandant encore et encore : qu'est-ce qui fait qu'un endroit est mon "chez moi" ?

Propos recueillis par Claire Dages et Gaëlle Rhodes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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