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La Montagne, samedi 10 septembre 2011.

La Montagne, samedi 10 septembre 2011.

Vernissage de l’exposition-atelier Ouverture à Tulle, 9 septembre 2011.
Marie Preston, Tables servies, 2009-2010 Terre cuite émaillée, brioche, fruits, légumes et bois.

Marie Preston, Tables servies, 2009-2010
Terre cuite émaillée, brioche, fruits, légumes et bois.

 

Vernissage de l’exposition-atelier Ouverture à Tulle, 9 septembre 2011. / diaporama du vernissage

 

 

Résidences d’artistes


Depuis les années 80, Peuple et Culture invite des artistes en résidence à Tulle et dans le pays de Tulle. Entre la commande publique traditionnelle et l’œuvre dite autonome, l’association explore une troisième voie : celle d’un art rattaché à l’espace public par des procédures de participation et d’échanges, et capable dans le même temps de produire des formes exemplaires. Des projets qui émanent d’un territoire précis tel que le décrit Edouard Glissant : un pays qui devient monde, lieu « incontournable » mais qui n’a de sens que s’il est ouvert. Les formes artistiques produites induisent de la reconnaissance et dans le même temps, des rapports d’étrangeté, des décalages, des lignes de fuite. Un travail artistique qui, justement parce qu’il part du local, de l’intime, peut atteindre une valeur générale, parler à d’autres ailleurs et fonctionner pour et hors du lieu précis où il a été conçu.
Pour ces résidences d’artistes, pas d’a priori, ni de commande particulière mais, à partir de leur propre démarche, l’invitation à porter un regard sur la ville et ses habitants.

le groupe RADO


Les dix dernières années ont été marquées par trois temps forts avec les photographes Marc Pataut, Patrick Faigenbaum et Ahlam Shibli qui chacun-e à leur manière ont investi par leur travail artistique, le pays de Tulle.
En est résulté un corpus d’œuvres (plus de 140 photographies et deux ouvrages) inscrits dans ce territoire et en lien avec sa population, ce qui constitue un phénomène rare.
Nous avons choisi de poursuivre ce travail par une nouvelle étape de cette démarche avec l’invitation en résidence d’un collectif de jeunes artistes (aux pratiques diverses : photographie, sculpture, vidéo, dessin) sensibles au lien art/territoire : le groupe RADO

Présentation du groupe RADO

Depuis 2009, RADO réunit 9 jeunes artistes aux pratiques diverses, de la photographie à la sculpture, en passant par la vidéo et le dessin. Tous partagent un intérêt pour les formes et les conditions d’une pratique collective de l’art, parallèlement à l’activité qui structure leurs recherches personnelles. Les membres de RADO se sont rencontrés lors du séminaire Des Territoires initié par Jean-François Chevrier, qui se voulait, au sein de l’École des beaux-arts de Paris, un espace de réflexion et d’information ouvert qui dépasse les limites de l’art contemporain et se préoccupe de l’état du monde.

Certains artistes s’étaient déjà associés à l’occasion de projets spécifiques (un cycle d’expositions commandé par la Maison Populaire, à Montreuil). L’exposition Champs d’abondance, présentée en janvier 2009 à la Galerie Dix9, a été la première manifestation publique de RADO et l’occasion de formaliser l’existence d’un groupe de travail. Plutôt que d’illustrer un thème, nous avions voulu, à partir d’une recherche initiée par Adrien Malcor, faire circuler des figures et des motifs (le contenant, le moule, le pays de Cocagne, la réserve, etc.) en réglant les relations formelles, d’œuvre à œuvre, pour construire un espace d’exposition non conditionné par un discours préalable, et ainsi ouvert à l’expérience.

Le bouc chantait (tragédie), deuxième exposition organisée à la Galerie Dix9 en mars 2011 (l’exposition inaugurale de RADO à proprement parler), prenait le contre-pied de l’exposition précédente. Les relations entre les oeuvres fonctionnaient avant tout sur un mode poétique, sans causalité nécessaire. À l’indétermination du sens correspondait une place laissée au spectateur; à l’émotion possible, une invitation à s’interroger sur ce qui se produit dans l’espace : l’idée d’un lieu d’activité collective et la question de son actualité.

RADO rassemble actuellement Fanny Béguery, Madeleine Bernardin Sabri, Florian Fouché, Adrien Malcor, Anaïs Masson, Marie Preston, Maxence Rifflet, Claire Tenu, Antoine Yoseph.

www.groupe-rado.org

Premières hypothèses du groupe RADO pour répondre à l’invitation de Peuple et culture Corrèze à travailler dans le pays de Tulle

Avant notre premier séjour de repérages dans le pays de Tulle et à la suite des premiers échanges du groupe Rado avec Manée Teyssandier et Antoine Réguillon, nous avons formulé deux hypothèses de travail.
La première est méthodologique. Elle tire son origine de l’intérêt de plusieurs d’entre nous pour une activité artistique menée en collaboration avec un public non artiste. Nous voulons mettre en place des situations de travail collectives avec des habitants, associations, entreprises, établissements scolaires du territoire, situations dans lesquelles la dimension pédagogique ne sacrifierait rien à l’ambition artistique.
« Activité pédagogique », « art en collaboration », les expressions et périphrases utilisées pour décrire ce type de situations nous semblent, à vrai dire, rarement pertinentes. Notre groupe veut saisir l’occasion de ce projet à Tulle pour analyser de tels travaux et produire une définition et une théorie : faire la part entre la pédagogie et le surgissement d’attitudes artistiques, rendre énonçable les ambitions d’une activité artistique irréductible à l’activité socio-culturelle, s’interroger enfin sur le statut des objets et des documents qui en résultent.
La seconde hypothèse définit à la fois un terrain documentaire et un champ spéculatif. Manée Teyssandier nous disait son souhait de voir RADO s’interroger sur le présent et le futur du territoire. Aussi, nous avons pensé devoir mettre l’accent sur une géographie. Les citoyens, et les artistes les premiers, ignorent généralement combien la géographie d’un territoire détermine et est déterminée par un ensemble dynamique de réseaux techniques (voirie, énergie, télécommunications). Nous voulons comprendre et montrer comment tel système technique exploite telle particularité du paysage (de la géologie, de l'hydrographie, etc.), comprendre et montrer comment une ville comme Tulle et un département comme la Corrèze s'insèrent dans des réseaux techniques et technologiques plus vastes (régionaux, nationaux, européens, mondiaux), comprendre et montrer enfin comment les paramètres de cette insertion dessinent l'image de leur futur.

Le philosophe Gilbert Simondon, dans Du mode d'existence des objets techniques (1958), a appelé à penser le réseau "techno-géographique" comme l'interface fondamentale entre l'homme et la nature. Dans une culture équilibrée, pensait-il, nous devrions être individuellement et collectivement capables de juger belle la bonne intégration fonctionnelle d'une machine dans la nature. La redécouverte d'une "totalité magique" se verrait conditionnée par une éducation technique. Simondon insistait notamment sur l'importance de l'activité d'entretien, comme organisation (elle-même en réseau) du soin humain porté aux machines, une fois celles-ci placées aux "points-clefs" du réseau techno-géographique. La catastrophe de Fukushima rapporte aujourd'hui dans le débat public sinon les thèses de Simondon, du moins ses problématiques.

"Réseau": le terme est certes galvaudé, la faute en revenant aux artistes ou aux critiques autant qu'aux technocrates. Nous sommes conscients d'avoir à manipuler les métaphores avec précaution, et l'approche la plus concrète des réseaux techniques innervant le territoire aurait sans doute le mérite de parer à certaines dérives. Nous n'en croyons pas moins au réseau comme à un mode d'être et d'agir collectif privilégié. En témoigne le nom même donné à notre groupe, inspiré de Fernand Deligny, pédagogue et écrivain, grand poète du réseau.
 
A notre échelle, et avec les moyens qui sont les nôtres, nous pourrions nous approprier les vues de Simondon, en les intégrant notamment au volet pédagogique de notre activité corrézienne, ceci bien sûr en collaboration avec différents acteurs du territoire, dont nous avons autant à apprendre qu'eux de nous. Des ateliers de cartographie artistique pourraient trouver ici leur matière. De façon plus générale, il s'agirait moins de donner un thème à la commande que d'orienter un faisceau d'enquêtes vers des lieux et des activités peu visibles, ou mal regardées, alors même que ces lieux et ces activités conditionnent fortement l'existence collective.

Liste prévisionnelle d'ateliers / enquêtes

Réseaux hydroélectriques
L'histoire des réseaux techniques pourrait commencer avec l'acheminement et la distribution de l'eau. Nous chercherons les points-clés des réseaux hydrauliques du pays de Tulle, notamment pour comprendre et rendre compte de leur articulation sur la topographie et l'hydrographie. La Corrèze produit une part importante de l'hydroélectricité française : les cinq grands barrages de la Dordogne seront de véritables personnages de l'enquête. Celle-ci passera par la photographie, et devra donc rendre visible l'invisible.

Représentations infantiles des systèmes techniques
S'il y a de nouveaux imaginaires de la technique (ou des imaginaires des nouvelles techniques), ceux-ci doivent encore prendre source dans le monde de l'enfance. Y a-t-il des représentations infantiles des systèmes techniques (comme il y a des représentations infantiles de la sexualité)? En art il y a une vérité de l'erreur: des ateliers de dessin avec les plus jeunes scolaires permettraient peut-être de dégager ce que nos outils, instruments, équipements portent encore de rêveries cosmiques élémentaires.

Travailler
1/ "Monde de l'entreprise"
Le "pays de Tulle", territoire rural et industriel, est pour des raisons historiques, très largement associé à l'emprise de l'ancienne manufacture d'armes. Le déclin de l'ancienne "Manu" a engendré, ces dix derniers années une reconfiguration des rapports au travail. Nous nous proposons de mener, dans les lieux même du travail, un ensemble d'enquêtes et d'ateliers en plusieurs temps, qui posent les questions du rapport au travail et au savoir-faire.
De premiers repérages nous amènent à mentionner Le lycée professionnel René Cassin, le CFA du bâtiment, le foyer des jeunes travailleurs, l'entreprise Zajac mécanique.
Les centres d’appels sont devenus, dans un contexte de désindustrialisation, un outil de reconversion des bassins d'emploi en difficulté. La croissance des centres d'appels est un des phénomènes par lesquels les territoires entrent dans l'ère du capitalisme cognitif, dans un contexte de globalisation et de métropolisation. Il existe un exemple de ce type de structure à Favar où nous souhaiterions travailler.
2/ Gestes du travail et entretien des réseaux techniques
Les réseaux techniques nécessitent une activité importante d'entretien. Seule la succession d'un ensemble de gestes et d'actions permet le fonctionnement du réseau. Comment cette nécessaire « solidarité technique » est-elle vécue par les travailleurs qui y participent ? Autrement dit, quelle conscience chacun a du rôle qu'il joue à l'intérieur de ce réseau ? Où en est le geste ? Nous nous rapprocherons de plusieurs équipes (déchets, eau, électricité…) pour enquêter sur ces questions, et mener, avec des travailleurs, une interrogation sur la représentation de leur activité.

Autonomie énergétique
Cultiver son jardin participe autant du plaisir de l’arrosage, de prendre soin de ses plantes, que de celui de manger ses légumes. Une quasi autonomie alimentaire est possible, qu’en est-il de l’autonomie énergétique ? Peut-on mettre à distance les réseaux nationaux ? Qu’implique cette volonté d’autonomie ? Une conscience aigüe des écosystèmes, une volonté de ne dépendre de personne, sinon du « local », un désir de réduction de l’empreinte écologique ? Toutes ces questions que nous voulons explorer nous mènent à une autre : comment ce désir se manifeste au quotidien pour ceux qui se sont engagés dans cette voie ?

Politique numérique de la Corrèze/du Limousin (Adrien Malcor)
RADO veut suivre les développements sur le territoire des technologies proprement critiques aujourd'hui : les technologies numériques. Quelles politiques numériques pour la ville, le département, la région? A quels récits donnent-elles lieu, ou pourraient donner lieu? Nous envisageons notamment des enquêtes sur les infrastructures (construction prochaine d'un data center sur le plateau de Millevaches (site de la Courtine)), sur la recherche limousine en domotique (living lab Autonom'lab) et sur les avancées de la reproduction numérique du territoire (atlas et photothèques en ligne, etc.).

Cartes postales : vues, monuments
Nos recherches porteront d'une part sur la représentation de la topographie et de l'urbanisme de Tulle, d'autre part sur celles des ouvrages remarquables (barrages, ponts, etc.) liés aux réseaux techno-géographiques, à partir de l'exploration des collections de cartes postales et des fonds d'archives en Corrèze. Ces matériaux collectés, qui pourront à la fois s'avérer utiles aux autres ateliers / enquêtes, nous mèneront peut-être à réinventer des cartes postales pour Tulle.
Trajets
Un territoire est habité et parcouru, et la déambulation est une activité fondamentale de l'artiste géographe. Nous voudrions, avec des collégiens et/ou lycéens de Tulle, avec des cartographes professionnels invités, mais aussi avec les simples passants, essayer d'organiser et de documenter cette activité, qui est à la ville ce que la lecture est au livre.