Le Musée éphémère

Sur une idée de Jeanne Gailhoustet, directrice de l’ENSA Limoges, et Manée Teyssandier, l’association Peuple et Culture a proposé à deux artistes Zoé Chantre et Jean Pierre Larroche d’inventer un musée éphémère pour la commune de Saint-Pardoux-la-Croisille, un village corrézien du plateau des étangs de 175 habitants.
En amont à ce projet, un travail réalisé par la municipalité sur les mémoires du village : « Ma position de maire et mon engagement de longue date à Peuple et Culture me rendent particulièrement sensible aux phénomènes d’éloignement des habitants d’une petite commune rurale des questions et pratiques culturelles et artistiques » Dominique Albaret.
En 2016, avec quelques habitants l’exposition « Mémoires de villages » a été montée à partir d’un travail de collecte de photos, objets, documents que les habitants possédaient. Elle a ensuite été présentée aux mois de juillet et août autour de différentes thématiques.

Au mois de novembre 2018 un car a emmené les habitants qui le souhaitaient visiter le musée des arts modestes de Sète qui a donné des idées pour imaginer une expo d’objets tellement usuels ou désuets qu’on ne les voit plus. Zoé et Jean Pierre ont ensuite sillonné le territoire communal pendant plus d’un an en s’attachant particulièrement à réunir des objets de peu comme des choses et des évènements remarquables. Les habitants de la commune, les enfants des écoles et des étudiants de l’École Nationale Supérieure d’Art de Limoges et leurs enseignants, l’Amicale Laïque et quelques vaches et chèvres de la commune ont contribué avec eux à la réalisation du musée visible jusqu’à fin octobre 2019 dans les rues et sur la place de Saint-Pardoux.

Une carriole, des fenêtres en dessin préparatoire et ensuite une vitrine d’exposition en vrai

Musée éphémère ou (éco)musée partagé, il a révélé les ready-made de chacun en partant d’objets ayant valeur historique ou plastique, conservés en tant que patrimoine familial, affectif ou sentimental, ou encore parce qu’ils participent d’un acte de mémoire ou renvoient à un savoir-faire.

Qu’est-ce qui fait ou ne fait pas art ? Qu’est-ce qui transforme le regard ?

Telles ont été les questions auxquelles ont pu se frotter les personnes de la commune qui se sont prêtées à l’expérience.

A partir de leurs propres objets qu’ils regardaient comme des objets de peu, puis transformés suivant les principes muséographies de la collection et de la mise en espace par les artistes, ils se sont ouverts (tout en exerçant leurs droits à mettre en évidence leur propre patrimoine et celui de la commune) à ce que peut être un geste artistique et à ce qui peut advenir lorsque l’on fait jouer sur le quotidien fantaisie et poésie. Zoé Chantre et Jean Pierre Larroche, accompagnés par Dominique Albaret, ont sillonné le territoire communal pendant près de deux ans en s’attachant particulièrement à réunir des objets comme des petites choses et évènements remarquables.

« Les mystères de Saint Pardoux-la-Croisille existent bel et bien et nous allons les inventer avec  les habitants de la commune. Il suffit de gratter, arpenter les lieux, passer des portes, rencontrer des gens et leurs rêveries…pour faire surgir tout un monde, croiser le bizarre, le curieux et le singulier derrière le commun » Jean-Pierre Larroche.

Zoé Chantre a tourné des petits films vidéo de ses rencontres avec les habitants, films de mystères visibles sur tablette dans l’église. Des vidéos intitulées (cliquez dessus pour voir !) : magnétique / le trop plein… ; Neige / Salamandres ; L’ours et Saint Eutrope, le miracle carpes suceuses et foret grinçante ; Le cerf barbelé ; Les bénitiers de voyage ; Les doigts de Dédé ; Les mouches ; Le point.

« Mon travail se situe entre fiction/documentaire/cinéma/arts plastique, à la manière d’une chercheuse, j’ai la volonté de comprendre et d’étudier ma relation au monde, à l’autre.  De tricoter des histoires, de fabriquer des regards, des portraits » Zoé Chantre.
La mise en place du musée a donné lieu à un temps fort de fabrication collective début juillet 2019 réunissant des personnes de la commune et des étudiants de l’ENSA.

Une des assiettes réalisées avec les habitants

Les collections des mystères et curiosités de la commune comprenaient : un ours, un miracle, des objets à trous, des objets vraiment tout petits, des objets qui font peur, des ensembles remarquables d’escargots et de mouches, d’œufs et de coquetiers, une collection exceptionnelle de sculptures réalisées par des animaux et beaucoup d’autres choses encore non classées… Les vitrines du Musée ont été installées dans les rues, l’école, l’église et le pré communal.
Plus de 2000 personnes ont arpenté le village durant l’été 2019 à la découverte des collections, de ses boites, des vitrines, de la galerie mobile, d’assiettes…

La maquette du village transformé en un musée éphémère