Arts plastiques

Résidences d’artistes

Depuis les années 80, Peuple et Culture Corrèze invite des artistes plasticiens à travailler dans le pays de Tulle en relation avec des personnes de ce territoire.

Les années 80 qui ont vu fleurir en Limousin comme ailleurs les FRAC et les centres d’art contemporain. En Limousin plus qu’ailleurs peut être puisque outre le FRAC, se mettent en place sur ce petit territoire une concentration de trois lieux d’art contemporain : Meymac, Vassivière, Rochechouart. Un peu comme s’il était impératif pour la plus petite région de France, la plus pauvre après la Corse de donner à tout prix des gages de « modernité » selon les formes en cours et de faire de l’art contemporain avant tout un enjeu de communication et d’attractivité du territoire.
Dans ce contexte, nous nous sommes demandé comment penser et concevoir autrement notre rapport et celui des personnes qui vivent autour de nous avec la création artistique. 
Nous n’étions pas et ne sommes pas des « professionnels » de « l’art contemporain », nous n’avions pas de capacités particulières dans ce domaine ; ce que nous souhaitions, c’est expérimenter hors des formes et des modèles dominants en procédant à la fois par filiation et fidélité aux origines du mouvement et par désir.
Dans ce cas, le désir d’exercer avec d’autres à l’endroit où nous avons choisi de vivre notre liberté de prendre part à des activités créatrices, de notre droit à nous essayer à nos propres choix et démarches.
Nous avons eu l’intuition qu’en invitant des artistes à venir travailler sur le territoire et en favorisant une mise en relation avec des personnes y vivant, pourraient s’inventer ensemble des formes de collaboration, de participation, et d’échanges en prise avec les réalités vécues et le désir et le droit de ces personnes à exprimer leur propre culture ainsi que d’exercer et développer leur capacité à dire leur monde, le monde. 
Une ouverture à l’art fondée non pas sur des évènements mais sur un travail dans la durée (les projets durent de 2 à 3 ans et ainsi les artistes et les personnes qui y sont impliquées construisent peu à peu des rapports profonds) qui accorde autant d’importance à la qualité de la relation avec les personnes sollicitées et à leur liberté qu’à la qualité artistique et à la liberté de l’artiste.
Parce que cette démarche est respectueuse des droits culturels des personnes et en recherche d’adéquation avec leur contexte culturel, les formes artistiques qui en résultent sont susceptibles d’induire de la reconnaissance et de l’acceptation et en même temps (parce que l’artiste bouscule le plus souvent nos représentations de nous-mêmes, des autres et du monde) des rapports d’étrangeté, des décalages, des lignes de fuite, des possibilités d’arrachement, d’élargissement, de vues non figées.
Cette tension, pour qu’elle soit bénéfique demande un dialogue et un accompagnement critique qui confronte et concilie les libertés de chacun.
Des projets qui partent d’un lieu précis comme « lieu incontournable » tel que le formule Edouard Glissant (cette idée d’un pays qui devient monde, lieu incontournable mais qui n’a de sens que s’il est ouvert).
Un travail et une démarche qui, parce que justement partent du local, de l’intime, du singulier peuvent atteindre une valeur générale, parler à d’autres, fonctionner hors du lieu précis où ils ont été conçu et faire humanité avec d’autres ailleurs.

Une photo extraite de l’ouvrage de photographies intitulé « Tulle » (2007) de Patrick Faigenbaum

Les vingt dernières années ont été marquées par des temps forts avec les photographes Marc Pataut, Patrick Faigenbaum, Ahlam Shibli, Anne-Marie Filaire et par le groupe Rado, un collectif  de jeunes artistes aux pratiques diverses (photographie, sculpture, vidéo, dessin). Sensibles au lien art/territoire, ces artistes, chacun à leur manière ont investi le pays de Tulle.

En est résulté un corpus d’œuvres (plus de 200 photographies et deux ouvrages). Les créations du groupe Rado ont fait l’objet d’une commande publique et l’ensemble des productions sont entrées dans les collections du CNAP.

Et depuis 2019, avec l’artiste-plasticienne-auteure Fabienne Yvert pour un travail autour de l’écriture, déclinée, révélée, produite sous différentes formes et matériaux.

Marc Pataut, Pays Paroles Images, un travail présenté en 2000